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Par Luidor NONO - 07/10/2011

Il est le Directeur fondateur de la société Afrinex fondée en 2009, qui est «la Centrale d’achat de l’Afrique aux portes de l’Europe»

 

Dites-nous qui vous êtes et à nos lecteurs aussi
Je suis arrivé en France après le Bac, à Lyon où j’ai fait ma formation universitaire. J’ai pu bénéficier d’un financement de 2 ans de formation en gestion de centre de profit, co-organisée par le GRETA et le Centre d’études supérieur industriel de Lyon. Après cette formation, j’ai pu intégrer le Groupe Total en tant que Manager. J’ai travaillé pendant six ans dans diverses stations services du groupe en région lyonnaise. A mon actif, le pilotage du projet «Look premier et Perf 2000». En 1997, je me suis mis en freelance ou j’ai travaillé pour le compte de plusieurs entreprises où j’ai réalisé des études de faisabilité et pilotage de projets tant en Afrique qu’aux Antilles françaises. Je suis actuellement Directeur de magasin dans un groupe de distribution alimentaire.

 


© journaldebangui.com
Martin Ngboda, Directeur de magasin

Comment est-ce qu’on décide, en tant que centrafricain de s’installer en France et de dire je vais rentrer ou pas?
Je ne me pose pas cette question, surtout quant on est arrivé initialement pour les études. Je ne pense pas avoir décidé de m’installer en France. On reste là par la force des choses. Surtout parce qu’on a plus d’opportunités ici que chez nous. Je suis un afro-optimiste et je pense que les choses évoluent en Afrique mais, c’est le rythme qui est lent ou alors on est plutôt impatient. Pour ma part je dois capitaliser mes connaissances et expériences pour que cela puisse servir en Afrique dans le cadre d’un transfert de savoir faire.

Se déployer chez soi ça suppose quoi, comment est-ce que cela se traduit?
Ça implique de bien connaître le tissu économique local, d’avoir une bonne connaissance des ressources humaines et sociales, mener une bonne étude de marché et trouver des partenaires qui œuvrent dans le même sens afin qu’on puisse asseoir une activité viable. En ce qui me concerne, Afrinex est une entreprise qui assoit son activité dans un milieu dont j’ai la maîtrise, j’ai la chance d’avoir une profession où je travaille en toute autonomie. Quant on voit la mutation économique actuelle avec l’émergence de la Chine ou l’Inde, on se doit de demander pourquoi pas demain «le temps de l’Afrique», comme l’affirme Jean Michel Sévérino?

Comment est-ce qu’on gère le quotidien?
C’est assez difficile car il faut concilier sa vie de famille, son activité professionnelle et son projet personnel, on finit par avoir des emplois du temps en rallonge. Malgré tout, je suis passionné par ce que je fais, il y a un réel sacrifice à faire pour mettre les choses en route, mais je n’ai surtout pas envie de finir ma carrière ici sans pour autant contribuer concrètement au développement de l’Afrique comme c’est malheureusement de plusieurs de la diaspora.

 


© http://www.afrinex.fr

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez quand vous gérez tout ça?
Il y a des contraintes; d’une part la gestion d’un centre de profit nécessite une présence physique même si l’on délègue certaines responsabilités, surtout lorsqu’on a une bonne dizaine d’employés sous sa responsabilité. Il y a un travail d’organisation et de management à faire, et puis il y a des objectifs que l’on se doit de tenir. A côté de cela, j’ai maintenant mon activité personnelle dans le cadre de mon entreprise. Je dois traiter les demandes de la clientèle répondre aux contacts, trouver des fournisseurs, missionner des collaborateurs au niveau local etc. Tout cela demande du temps, une fois rentré chez moi après ma journée de travail, il faut encore bosser parfois jusqu’à 2 heures voire 3 heures du matin pour repartir tôt le lendemain, mais je ferais très bientôt un choix une fois qu’Afrinex aura pris son essor.

Est-ce que votre récent séjour à Bangui vous a donné plus de visibilité?
Ça m’a permis de valider mon étude de marché sur le plan local et gagner en crédibilité en créant une cadre d’échange grâce à la chambre de commerce avec les opérateurs économiques locaux. Avant d’aller à Bangui, je me suis rendu à Kinshasa il y a deux ans de cela dans la même optique, voir un peu comment ça se passe, du fait que c’est une activité qui dépasse nos frontières. Quand on a un projet d’affaires conçu depuis l’Europe même si les besoins sont réels, il faut l’adapter à nos réalités, nos compatriotes ne sont pas systématiquement réceptifs à ce qui leur est proposé depuis l’extérieur et il y a d’autres qui pensent qu’on débarque avec des moyens financiers et matériels à suffisance, alors que la production de richesses est le but recherché. Pour ne pas avoir des rapports conflictuels, il faut adopter un profil bas, s’armer de patience et faire un travail de communication et d’échange avec eux. Ça m’a été très constructif parce que je me suis vraiment rendu compte qu’il y avait des problèmes tant au niveau de la Chambre de commerce qu’au niveau des opérateurs économiques là-bas. Je les ai approchés pour qu’on puisse ensemble avoir la même vision des choses. Donc il ne faut pas vraiment être coupé de la base, il faut tout le temps se rapprocher de manière à ce que le projet puisse trouver des chances de pouvoir se réaliser.

Quelle a été l’attitude des institutionnels par rapport au projet que vous portez et par rapport à votre démarche?
Pour une première approche, il y avait une distance. Malheureusement au niveau de nos pays là-bas, les gens sont encore trop administratifs. Pour rencontrer un opérationnel, il faut toute une série de formalités, on manque de pragmatisme. Mais la finalité est de créer un contact, cela a été bien difficile au départ mais dès que les contacts se sont établis, j’ai eu du monde, notamment la chambre du commerce qui s’est rendue très disponible et qui m’a permis en un temps record, c’est-à-dire en deux semaines, arrêter une date de réunion, fixer des rendez-vous, choisir un panel d’entrepreneurs, convoquer et organiser une réunion. Cela leur a permis de valoriser la Chambre de commerce et dire que les Centrafricains peuvent utiliser cet espace pour pouvoir créer un contact dans le cadre qui leur est dévolu.

 


© journaldebangui.com
Martin Ngboda, sur ses terres centrafricaines

Quelle idée du tissu économique centrafricain avez-vous aujourd’hui?
Très embryonnaire, voire aléatoire, il y a un état d’esprit qui est qu’en matière d’entreprise, il n’y a que les étrangers entre guillemets qui peuvent entreprendre et réussir chez nous. C’est un état d’esprit parce qu’on pense qu’il y a tellement de barrières pour les nationaux qu’il ne faut même pas oser. C’est une fausse conception des choses. C’est à moi de leur dire il faut s’y mettre, il faut juste être un peu ambitieux. Il n’y a pas le vecteur de communication, il n’y a pas une stratégie de communication, c’est vraiment de la débrouillardise.

Et votre conseil?
Mon conseil, c’est que c’est mon pays en tout état de cause, je suis condamné à être partenaire avec les opérateurs locaux. C’est objectif parce que je vois ce qu’on fait ici et je sais qu’on a de la capacité. Quand on voit les résultats économiques réalisés ici, je me demande comment ce fait-il que je ne puisse pas faire de la même manière que là-bas? Vu qu’il n’y a que des opportunités et que les conditions sont plus favorables. C’est le défi que je me fixe pour l’avenir.

Quand vous n’êtes pas pris par dans votre entreprise, qu’est-ce que vous faites d’autre?
J’ai une activité cultuelle aussi, je suis chrétien croyant et je m’implique aussi dans ce cadre dans mon Eglise. C’est important pour mon équilibre. En dehors de cela je m’aère de temps en temps l’esprit en fréquentant les restaurants africains de la place, ça me permet de recréer un peu l’ambiance que l’on ne retrouve pas forcément ici, c’est-à-dire avec de la musique africaine pour que nous discutions. C’est notre culture, c’est notre réalité, cela permet de me détendre, de faire du vide pour reprendre en force les activités en début de semaine.

Le plat africain que vous aimez?
C’est le ngoundja national (feuille de manioc frais pilé cuit avec de la viande ou du poisson fumé) avec du Chikouang (pain de manioc). Ça me replonge dans mon Bangui natal.

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