Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 21:50
OPINIONS

TACTIQUE ET STRATEGIE EN POLITIQUE : LES LIMITES OBJECTIVES DE L’OPPOSITION CENTRAFRICAINE



TACTIQUE ET STRATEGIE EN POLITIQUE : LES LIMITES OBJECTIVES DE L’OPPOSITION CENTRAFRICAINE
Le matérialisme dialectique nous enseigne que la loi de la lutte entre les forces contraires est universelle comme l’identité des contraires, leur conditionnement mutuel et leur transformation réciproque.

Ainsi, quand le matérialisme dialectique nous recommande de tenir compte des rapports de forces en présence, c’est parce qu’ils sont applicables aux forces et rapports de forces auxquels nous devons nous adapter. Mais cela ne veut nullement dire un aplatissement, encore moins une soumission à l’autre, une démission devant la force adverse du fait de sa puissance apparente et illusoire, mais bien au contraire, de coordonner des actions, des manœuvres habilement menées pour atteindre les objectifs qu’on s’est fixés, en tenant compte de ces rapports de forces. Ainsi, en parlant d’une stratégie électorale, il faut la dilater jusqu’au rapprochement politique dans les alliances objectives et non contre nature, elles mêmes conditionnées par plusieurs facteurs inhérents à la situation socio-économique du moment en vue d’inverser ou de créer de nouveaux rapports de forces à son profit. L’importance des pressions économiques et la vulnérabilité des opinions publiques pèsent considérablement sur les choix stratégiques en période électorale. L’ensemble des moyens habiles employés pour obtenir les résultats recherchés est une donnée fondamentale susceptible de créer une interaction réciproque entre la tactique et la stratégie.

Partant du matérialisme dialectique, on peut dire que l’opposition centrafricaine a manqué d’intelligibilité dans la lecture de la grille du processus électoral, surtout dans l’articulation de sa stratégie et de sa tactique avant, pendant et après les élections, en fondant toute son analyse sur le soutien de la communauté internationale, cette nébuleuse qui fonctionne selon les rapports de forces définis sur la base des intérêts de ses membres.

Une analyse lucide du processus électoral fait apparaitre que les irrégularités nées de l’impréparation ayant émaillée les scrutins du 23 janvier 2011 sont dues non seulement à l’incompétence tant décriée de celui qui avait la charge de les organiser et que l’opposition n’a pas pu évincer là où l’opposition tchadienne a réussi à s’imposer, mais aussi à la ferme volonté du pouvoir de créer la confusion pour pêcher en eau trouble, tellement obnubilé à l’idée d’opérer un passage en force dès le 1er tour en vue de prendre une revanche sur l’histoire par tous les moyens et avec tous les moyens possibles et imaginables, François Bozizé ayant mal vécu sa mise en ballotage par Martin Ziguélé aux élections présidentielles de 2005, mais redoutant surtout une possible alliance au 2ème tour entre Patassé et Ziguélé – qui le mettrait dans un face à face avec Patassé.

Le Président Bozizé est un homme entier qui ne fait pas dans la demi-mesure, s’enfermant souvent dans une psycho-rigidité derrière le masque d’un père débonnaire et calme, tel un cobra qui cherche à séduire sa proie par une danse macabre d’hypnose avant de l’avaler par sympathie. Il est souvent pris de violents coups de colère qui déstabilise cette sérénité trompeuse.

L’opposition le sachant parfaitement n’a élaboré ni collectivement, ni individuellement une riposte encore moins une stratégie à la mesure du personnage, sauf l’exigence des reports successifs de la date du déroulement des échéances électorales qu’elle s’est montrée incapable de mettre à profit pour s’affirmer et qui finalement ne lui a servi à rien. Quand on sait que le pouvoir avait mis en place depuis longtemps une organisation méthodique de très grande envergure, par une série de manœuvres destinée à quadriller le pays pour réussir ce festival de fraudes : bourrage d’urnes, bureaux de vote non comptabilisés (27% d’ »oublis », violences et intimidations d’opposants, d’où son refus de céder quoique ce soit qui puisse rendre facile à l’opposition l’appropriation du pouvoir.
Refus de rendre pleinement opérationnel le comité de suivi des recommandations du dialogue politique inclusif

Refus de s’investir dans la réalisation du DDR. Cette phase de trois opérations retenue comme les préalables non négociables à l’organisation des élections nationales transparentes et crédibles.
Refus enfin de respecter l’indépendance de la Commission Electorale Indépendante (CEI) dont les comités locaux dans les provinces ont été investis par les militants du KNK avec la participation active des préfets et sous-préfets aux ordres du pouvoir.

L’opposition ayant relevé ces manquements graves n’a pu y apporter la thérapie appropriée, restant au niveau de la description et de l’observation, au lieu d’une riposte graduée et d’une stratégie engagée pour enrayer ces velléités de fraudes en état de planification, a fini par tomber dans le vide institutionnel qu’elle a provoqué sans réussir à le maitriser, alors que cette période était choisie comme celle de toutes les surprises pour le Président Bozizé qui déclinera malicieusement l’offre d’un accord politique pour la gestion de cette séquence consistant à la mise en place d’un gouvernement et d’un parlement de transition.

Le pouvoir ayant perçu cette faille s’y est engouffré en utilisant comme prétexte de sa détermination à aller aux élections, la pression de la fameuse communauté internationale qui, dans sa position de principe, exige le strict respect des délais constitutionnel. François Bozizé en a profité pour maintenir et entretenir l’insécurité en vue de créer les conditions d’une victoire électorale surprise sur ses adversaires pris dans le piège de la non participation aux élections sans la fin certifiée du DDR qu’ils avaient envisagé un temps soit peu. Quel machiavélisme !

Pour enfoncer le clou, François Bozizé n’hésitera pas à mettre encore une fois de plus la cour constitutionnelle et le parlement à contribution pour proroger gratuitement son mandat. A la surprise générale, et avec un grand désarroi dans les Etats majors de l’opposition, la majorité des députés de l’opposition votera par cupidité et opportunisme la révision d’une des plus importantes dispositions de la constitution en faisant sauter le verrou de la limitation du délai du mandat présidentiel en contrepartie d’une enveloppe de 250.000 FCFA chacun ; mais aussi pour proroger leur propre mandat alors que quand bien même ils avaient voté contre, leur mandat serait également proroger du fait de la majorité absolue que le pouvoir et ses alliés détiennent au parlement. Cela aurait pu permettre à la communauté internationale d’apprécier la situation à sa juste valeur et à l’opposition de constater dans sa stratégie de déstabilisation, une vacance du pouvoir qui pouvait lui permettre de créer les conditions de négociation  gagnant-gagnant en vue d’exiger un partage du pouvoir. Comme en une chose malheur est bon, les voilà renvoyés dans leur famille par le peuple trahi qui les jettera sans nul doute dans la poubelle de l’histoire. Cette stratégie a permis à contrario à François Bozizé d’avoir les coudées franches dans la gestion du processus électoral et des résultats que nous connaissons : 66,8% pour la CEI, 64,37% pour la cour constitutionnelle qui ne donnent aucune explication sur ce différentiel de 2,43%.

Comme on peut le constater, l’opposition centrafricaine est victime de sa propre turpitude et ne peut s’en prendre qu’à elle-même. Evoluant dans le désordre du chacun pour soi, elle recueille les fruits de ses errements : un pas en avant, deux pas en arrière devant les difficultés qu’elle n’a pas su prévenir, elle s’est enfermée dans une valse d’hésitations par manque de vision stratégique. Ayant pris une part active au processus électoral au sein de la Commission Electorale Indépendante (CEI) et aux multiples rencontres organisées au palais de la renaissance à l’initiative du Chef de l’Etat, elle n’a fait à aucun moment preuve d’une stratégie commune et coordonnée basée sur un mot d’ordre mobilisateur en vue d’une action concertée de grande envergure pour imposer son point de vue. Or, l’expérience nous renseigne que nulle part en Afrique, un président qui se succède à lui-même n’organise les élections sans la contribution de l’administration, des forces de défense et de sécurité ainsi que des institutions de la république.

C’est à l’opposition de prendre des initiatives courageuses pour transformer ces obstacles en moyens d’action en se donnant les moyens de sa politique, pour ne pas se voir réduit à faire la politique de ses moyens. « On ne va pas à une lutte politique comme à un dîner de gala », disait l’autre. Elle doit jouer pleinement son rôle dans le cadre des lois et règlements en vigueur qui définissent l’opposition politique comme étant « l’ensemble des partis et des forces politiques opposés à la majorité parlementaire, au gouvernement qui en est issus ». La constitution quant à elle précise le statut et le rôle des partis politiques en ces termes : « les partis ou groupements politiques concourent à l’expression du suffrage, à l’animation de la vie politique, économique et sociale.
Ils se forment et exercent librement leurs activités. Ils sont tenus de respecter le principe de la démocratie, de l’unité et de la souveraineté nationale, des droits de l’homme et la forme républicaine de l’Etat, conformément aux lois et règlements ».

Malheureusement dans beaucoup d’affaires : violation de la constitution, violation des droits de l’homme, violation des textes et lois portant sur les droits des partis politiques à accéder à la radio et à la télévision d’Etat, les droits de manifester pacifiquement, de tenir des meetings, aussi paradoxal que cela puisse paraitre, ce sont beaucoup plus des individualités, des personnalités indépendantes qui défendent la loi en lieu et place des partis politiques, lesquels donnent l’impression d’être tellement tétanisés par la peur, incapables d’organiser le moindre meeting ou une manifestation pour atteindre non seulement le plus grand nombre de leurs adhérents, mais également de faire passer leurs idées dans l’opinion nationale et internationale aux fins de créer ou d’inverser les rapports de forces à leur profit, au lieu de s’agiter dans des conférences de presse ou par des communiqués de presse rédigés dans leur salon, de s’égosiller dans des interviews à Radio France International ou à la BBC, se comportant beaucoup plus en sophiste qu’en homme politique, car constamment cloitrés dans des salles de réunions où ils apparaissent beaucoup plus comme des moines trappistes en plein exégèse.

Face à cette farce électorale dont les conséquence risquent d’être incalculables pour la stabilité du pays, des actions de masse peuvent surgir si l’opposition avait la capacité de mobilisation ou s’en donnait les moyens pour appeler les citoyens à manifester pacifiquement, siégeant en silence dans des assemblées publiques, occupant pacifiquement une chaussée le temps d’un sit-in, la marche pacifique combinée avec des meetings d’explications, ce sont ces quelques actions politiques qu’on associe souvent à une désobéissance civile.

C’est dans cet élan que les intellectuels progressistes, avant-garde de la lutte pour la justice et le progrès social contribueront efficacement à libérer les esprits, observer le style d’oser penser, appeler et agir. Tirant les leçons de l’expérience de l’histoire de lutte des autres peuples, ils feraient faire un grand bond en avant. En effet, l’histoire nous apprend que maintes fois, le Président Mao nous a recommandé de mettre la stratégie et la tactique au poste de commandement dans toute action politique en donnant libre cours au mouvement. C’est ainsi qu’en mobilisant l’esprit créateur et révolutionnaire du peuple chinois, qu’un grand bond en avant fit son apparition dans toute la Chine et les communes populaires. Ce qui lui a permis, grâce à cette dynamique de masse, de porter les coups les plus durs aux ennemis de l’intérieur, particulièrement à Liou-Chao-Chi et Yang-Hsien-Tchen, qui se creusèrent la cervelle pour systématiser des absurdités, niant l’action des masses populaires dans l’histoire, en tentant de rejeter la ligne générale du grand bond en avant.
Lénine avait lui aussi critiqué sévèrement dans : « matérialisme et empiriocriticisme » la théorie machiste comme un sophisme idéaliste, subjectif et réactionnaire prônés par Liou-Chao-Chi, Yang-Hsien-Tchen et consorts qui, en vue d’attaquer la théorie de la réflexion active des masses populaires, ont poussé le cynisme jusqu’à dénaturer la réalité de l’action des forces populaires dans la lutte politique au mépris de toute logique. Le Président Mao, chaque fois qu’il était mis en minorité ou en difficulté au bureau politique ou au comité central du Parti Communiste Chinois (PCC) a toujours eu recours aux masses populaires pour faire triompher les idéaux de la révolution et du Parti. Il en est ainsi du grand bond en avant, de la révolution culturelle concentrée dans le slogan émancipateur de : « que cent fleurs éclosent et que cent écoles rivalisent ».

Certains leaders de l’opposition, qui se sont infiltrés au sein du Collectif des Forces du Changement (CFC), ont tenté de lancer une attaque surprise comme la clique de Liou-Chao-Chi afin de dévier la CFC de sa juste lutte pour la transparence des élections, en cultivant un climat de suspicion et de méfiance, en évitant des prises de position commune sur les élections au point de créer une cacophonie dans les rangs de l’opposition.

Mais en mobilisant les masses populaires, on peut mener des luttes victorieuses aux côtés du peuple et avec le peuple, en approfondissant sa connaissance de l’essence des choses, pour dévoiler et résoudre les contradictions qui apparaissent dans la marche en avant, en mettant l’accent sur le travail politico-idéologique.


l’Ambassadeur SISSA LE BERNARD N’ZAPA – A-NAI-COLO


Jeudi 3 Mars 2011
NDLR: No Comment

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Recherche