9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 23:04
Samedi 9 avril 2011 6 09 /04 /Avr /2011 21:35

 

 

-rfi.jpg

 

 

 

Par Jean-Baptiste Placca RFI samedi 09 avril 2011

Ange-Félix Patassé s’est donc éteint, ce mardi 5 avril, à l’Hôpital Général de Douala, au Cameroun. Il y avait été admis d’urgence, faute d’atteindre la Guinée Equatoriale, où il était attendu pour des soins appropriés. Patassé était à bout de souffle. Non pas à cause de ses 74 ans, mais pour l’énergie qu’il a dû consacrer, ces deux dernières semaines, à obtenir du régime de François Bozizé, le simple droit de sortir de Centrafrique pour aller se soigner. Par deux fois, il a été arbitrairement empêché de quitter le territoire.

Le 23 mars dernier, les autorités centrafricaines ont simplement ignoré la demande d’accès à leur espace aérien pour un avion sanitaire affrété par le chef de l’Etat équato-guinéen, afin d’évacuer Patassé sur Malabo. Les arguties administratives ne sauront effacer la légitime consternation de nombreux Centrafricains.

Ils doivent être bien mal à l’aise, ceux qui, au plus haut somment de l’Etat en Centrafrique, pensent que toute forme d’opposition doit être punie, y compris au mépris de la santé des gens et, finalement, peut-être de leur vie.

Plusieurs fois ministre, Premier ministre, puis chef de l’Etat pendant dix ans, Patassé, comme dirait un de ses compatriotes, « n’avait pas que des défauts ». Même si d’aucuns l’auraient volontiers envoyé à La Haye, pour répondre, aux côtés de son ami Jean-Pierre Bemba, de quelques crimes commis contre les populations de Bangui.

Le général Bozizé vous dira, sans sourciller, que « sa » Centrafrique est un pays parfaitement démocratique. Il n’empêche ! Ce qui est arrivé à Patassé illustre, de la plus tragique des manières, une fâcheuse tendance de ce régime à punir ses opposants politiques en réduisant leur liberté de mouvement. Quiconque s’autorise une attaque un peu trop frontale par rapport au Président court le risque d’être empêché d’embarquer, lorsqu’il se présentera la prochaine fois à l’aéroport de Bangui.

Et tant pis, si son voyage est d’ordre professionnel ! Il ratera ses rendez-vous ! Il perdra peut-être des marchés ! Ainsi, il sera fragilisé dans sa vie personnelle, donc plus vulnérable pour un pouvoir allergique à toute contestation. A la même période où Patassé essuyait les refus d’embarquer, un avocat, Nicolas Tiangaye, opposant lui aussi, était empêché d’aller au Tchad plaider un dossier à Ndjamena.

Quand la politique prend de telles tournures, on n’est pas loin des rivages de la mesquinerie. Mais la mesquinerie, dans certains cas, peut, hélas !, s’avérer mortelle.

 

Source : http://www.rfi.fr/emission/20110409-mortelle-mesquinerie

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Recherche